ASSEMBLEE GENERALE A SOFIA MAI 2015

Quelques images attrapées au vol de l’assemblée générale Eurodram à Sofia

Par Gilles Boulan

 

L’assemblée générale du réseau Eurodram s’est tenue cette année à Sofia à l’invitation du comité bulgare et de la compagnie 36 Monkeys. Une dizaine de coordinateurs et de membres des différents comités ont ainsi effectué le voyage et se sont retrouvés du mardi 12 ou jeudi 14 mai pour évoquer le travail de leurs comités respectifs, pour présenter les œuvres qu’ils ont sélectionnées et pour réfléchir ensemble à l’avenir du réseau. Il y avait ainsi une forte délégation bulgare conduite par Gergana avec Dimitar, Adi, Silvia et quelques autres sans compter notre ami Hristo, auteur de belle notoriété, venu avec humour ouvrir le bal des réunions. Le comité allemand était également très bien représenté par Ulrike, Henning et Wolfgang. On retrouvait avec plaisir nos amis Neda, Andréas et Hakan, respectivement des comités ukrainiens, grecs et turcs. Enfin nous étions quatre Français. Dominique le chef d’orchestre de cette chorale multilingue, Karine responsable du comité serbo- croate, Bleuenn représentante du comité russe et Gilles qui vous rapporte succinctement cette belle assemblée. Partager notre rencontre, tenter de décrire notre séjour, rendre compte avec fidélité mais aussi avec inventivité de nos échanges, de nos projets et de notre volonté commune de partage tout cela sans s’adonner à l’exercice convenu d’un compte-rendu austère ou d’un journal de bord avec ses nécessaires redites… sont l’objet de cette chronique, forcément imparfaite, forcément subjective, toute bricolée d’images trompeuses, d’imprécises impressions et de conclusions assez hâtives.

Une chronique que, je le souhaite, vous aurez du plaisir à suivre dans ses errances et ses fausses pistes un peu à la manière dont on aime s’égarer dans une ville inconnue. Cette ville inconnue où l’on aimerait se perdre se nomme Sofia, la sage, la belle, avec ses vastes et nombreux espaces verts, ses églises remarquables, ses palais épargnés par les soubresauts de l’histoire, ses monuments d’un autre temps dont nul ne s’est soucié d’effacer le souvenir. Une ville aux rues orthogonales et aux larges perspectives dont on apprivoise aisément la relative simplicité et la tranquillité au charme provincial. Images d’une certaine nonchalance probablement due à l’éveil du printemps qui l’éclaire durant notre séjour sous son meilleur profil.

A Sofia, le soleil de mai annonce les chaleurs de l’été mais la neige reste suspendue sur les montagnes voisines dont elle encapuchonne les cimes. Ces hauteurs enneigées, on les découvre soudain au détour d’une avenue qui bien souvent se termine dans la végétation. Les habitants en nombre profitent de ces premiers beaux jours pour envahir les parcs, pour bavarder à l’ombre des marronniers en fleurs, bouquiner sur un banc, flâner dans les allées ou autour des fontaines, surveiller leurs bambins qui font piailler les toboggans.

A Sofia, la Maison rouge accueillait nos trois réunions dans une salle du deuxième étage ouverte sur une terrasse. C’est une grande maison aux façades crépies d’un rouge sombre qui était autrefois la demeure d’un sculpteur et qui a été reconvertie en un centre culturel aux activités incessantes. Il était appréciable d’y pouvoir se parler dans la lumière du jour et non dans l’éclairage artificiel d’une salle noire et de profiter des poses pour s’offrir un café à la petite épicerie voisine.

A Sofia, la statue de Sophie couronné de métal doré se dresse prophétique à la place de celle de Lénine. Du haut de ses 24 mètres, elle surveille des principaux ministères et nul doute que sa sagesse notoire inspire ceux qui gouvernent de nos jours le pays. La garde présidentielle réduite à deux plantons en chaude veste à brandebourg parade sous les fenêtres du palais attendant la relève en transpirant d’ennui dans de hautes bottes de cavalier. Juste en face, le musée archéologique rappelle à grand renfort de draperies romaines l’origine ancienne de la cité.

A Sofia, on a évoqué le fonctionnement de chaque comité dans ses progrès comme dans ses pannes, dans ses réveils et dans ses endormissements. Ceux qui étaient présents avaient sans doute plus de choses à dire mais le silence des absents était lui aussi très parlant. Dominique a posé plusieurs fois la question : Que faire pour sauver le soldat Ryan ? Les comités arménien, caucasien, macédonien, biélorusse et slovène sont concernés par le sauvetage mais il faut bien se résigner à des suspensions provisoires. Mais le comité arabe et le comité nordique ne sont pas vraiment en meilleure santé.

A Sofia, est-ce un signe ? La synagogue est voisine de la mosquée Banya Bashi et de la cathédrale Svetla Nedelya. L’oecuménisme s’arrête sans doute à cette question topologique. Et si quelque cycliste d’allure très sympathique nous accoste sur le boulevard Vitosha et nous propose de nous aider en un français impeccable, il en profite pour nous raconter qu’il a vécu en France avec un réel enthousiasme avant de nous mettre en garde :  » Méfiez vous des gitans et des noirs ! » Ne pas se fier aux apparences ! Mais nous n’avons pas vu un nombre invraisemblable de noirs dans les rues de Sofia. Pour ne pas dire aucun en ce qui me concerne.

A Sofia, nous avons assisté dans le décor underground d’une ancienne boite de nuit, déshabillée de ses parquets, à une performance théâtrale d’après Mihaela, la tigresse de notre ville de Gianina Cărbunariu. Une pièce roumaine jouée en bulgare par les acteurs très convaincants de l’équipe des 36 Monkeys. Piloté par des régisseurs portant des masques de chimpanzés, le public s’est déplacé dans l’ensemble de l’espace au fil d’une dizaine de courtes scènes indépendantes évoquant les diverses réactions (des habitants, des touristes de passage et même des animaux sauvages) face à la menace d’une tigresse évadée du zoo. Faute de pouvoir comprendre la langue, bien obligés de suivre machinalement le public sans maîtriser notre destin, notre situation me faisait penser à celle des personnages humains de La planète des singes (dans sa version originale). Et tous ces masques nous souriaient comme pour nous assurer qu’il ne s’agit que d’une mise en scène.

A Sofia, chaque coordinateur a présenté la sélection des trois pièces étrangères opérée par son comité. Sans entrer dans le détail qui serait fastidieux, quelques titres nous ont accrochés. Notre classe de Tadeusz Słobodzianek défendu par le comité ukrainien, Voyage de noce de l’auteur azeri Mehman Musabeyli, La valisede Malgazata Sikorqska-Miszczuk, Le livre de cuisine arabo-israélien de Robin Soares… Toutes pièces dont il n’existe pas encore de traduction française. Les dramaturges allemands sont largement représentés dans cette sélection collective avec des auteurs repérés comme Marius Von Mayenburg ou Roland Schimmelpfennig et des auteurs encore très jeunes comme c’est le cas de Marianna Salzmann. Très bon comportement des auteurs polonais. Le théâtre français est, quant à lui, représenté par deux textes destinés à un public adolescent S’embrase de Luc Tartar et Z.E.P de Sonia Chiambretto. Auxquels s’ajoute une courte pièce de l’inévitable Mattei Visniec: Pense que tu es Dieu!

A Sofia, les tramways ressemblent à de vrais tramways qui ferraillent dans leurs rails, suspendus à leurs caténaires. Et de plus, ils sont jaunes. Aucun d’entre eux ne pousse le vice jusqu’à s’appeler Désir. Mais la nostalgie est présente. Comment s’écrit Désir en alphabet cyrillique ?

A Sofia, on a pris la plupart de nos repas (déjeuners et dîners) dans des jardins discrets, agréablement arborés et sur de massives tables en bois qu’il fallait parfois déplacer pour accueillir toute la tablée. Les menus étaient simples (salades de crudités, poulet, boulettes de viande..) les assaisonnements au yaourt et les additions peu salées. Les conversations se mêlaient : en anglais, en français, en allemand, en bulgare… Et si quelque geai venait se poser, tout à côté, sur une branche basse, il se taisait pour écouter le babil des Européens.

A Sofia, partout dans tous les squares, des buvettes en plein air ouvrent leur parasol et proposent jus de fruit, soda café et bière. Et boissons plus festives plus sérieuses lorsque la nuit s’en mêle. C’est ainsi que certains d’entre nous buvaient leur café du matin à la terrasse du ministère de la défense bulgare. Ca ne s’invente pas.

A Sofia, le Théâtre national accueillait, ce jour-là, une représentation de Cyrano de Bergerac. Le parcours d’Eurodram est loin d’être achevé.

A Sofia, notre hôtel portait un nom assez sexy: Slavyanska Beseda. Mais à la vérité, les chambres ne l’étaient pas tant que ça.

A Sofia, l’odeur des tilleuls annonçait déjà les griseries de juin et les glycines s’accrochaient aux façades de vieilles demeures.

A Sofia, on attendait la venue de Julio Iglesias pour un concert unique mais on aurait pu croire que tout le monde s’en foutait.

Publicités